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Starship décolle, la France hésite : Cap sur une colonisation spatiale durable… mais à quel prix énergétique ?

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Le 26 août 2025, la mégafusée Starship de SpaceX décollait du Texas, réussissant pour la première fois son vol d’essai complet : séparation des étages, déploiement de simulateurs de satellites, rentrée atmosphérique maîtrisée… Un saut technologique, salué par Elon Musk, qui ambitionne d’ouvrir la porte à la colonisation de la Lune et de Mars d’ici la fin de la décennie. Mais concrétiser ces rêves d’expansion spatiale et d’autonomie hors Terre ne se fait pas dans le vide : sur fond de bouleversements climatiques, de crise énergétique et de tension sur la transition écologie-technologie, la question de l’énergie propre, fiable et abondante revient comme un enjeu central.

Côté Terre, au même moment, la France débat intensément de son avenir énergétique : le Sénat vient de valider une relance massive du nucléaire (14 nouveaux EPR2), tout en laissant en suspens ses objectifs concernant les énergies renouvelables, alors que celles-ci représentent 92,5 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde en 2024, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) — la Chine, l’UE et les États-Unis en tête. Solaire et éolien progressent partout, mais la dynamique tricolore reste timide, et des voix s’élèvent contre l’exclusion possible de ces filières dans les futures programmations françaises.

Dans ce contexte, la conquête de l’espace agit comme le miroir grossissant des tensions et des défis terrestres : comment déployer et sécuriser des infrastructures énergétiques, robotiques, numériques et humaines dans des environnements ultra-hostiles et imprévisibles ? Les technologies avancent vite, mais l’intelligence artificielle peine encore à interpréter et anticiper des situations complexes, un facteur de risque majeur aussi bien pour les astronautes que pour les futurs habitats autonomes. Enfin, la réflexion sur la « durabilité » spatiale ne peut ignorer les leçons de notre évolution : de Lucy et l’expansion des hominidés il y a plus de trois millions d’années aux hardwares ultra-connectés d’aujourd’hui, arriverons-nous à éviter de répéter les erreurs d’épuisement des ressources et de pollution ? Ou l’espace sera-t-il l’ultime laboratoire — voire le crash test — de nos modèles énergétiques et écologiques ?

Ce panorama croisé techno-énergie-environnement, de la Terre à Mars, interroge l’avenir de notre civilisation à l’ère de l’exploration interplanétaire — et l’urgence d’un modèle enfin résilient, connecté… et soutenable.

Un contexte de transition énergétique mondiale sous tension

Alors que la France débat âprement de sa programmation énergétique entre relance du nucléaire et incertitudes sur les objectifs renouvelables, la dynamique mondiale montre un tout autre visage : en 2024, 92,5 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde sont renouvelables, selon l’IRENA. Solaire photovoltaïque (270 GW, Chine en tête), puis éolien (65 GW), tirent la croissance, tandis que le nucléaire, s’il connaît un regain local (France, Royaume-Uni, Chine), reste minoritaire dans les ajouts de puissance au niveau planétaire.

« 93 % des nouvelles capacités de production électrique installées en 2024 dans le monde sont des énergies renouvelables. »

— Yannick Jadot, eurodéputé

La Chine domine la scène avec 63 % des nouveaux ajouts renouvelables, tandis que l’Union européenne et les États-Unis peinent à suivre (ensemble, 17 %). La France, elle, affiche une progression modeste : à peine 5 GW de nouvelles installations renouvelables sur l’année, représentant environ 1 % du total mondial, essentiellement via le solaire et l’éolien. À contre-courant, les débats parlementaires nationaux flirtent avec l’exclusion pure et simple du solaire et de l’éolien parmi les énergies dites “décarbonées”, provoquant la colère d’acteurs du secteur :

« Dessiner l’avenir énergétique de la France en décidant, par pure convention politicienne, que le solaire et l’éolien doivent être exclus de l’équation est totalement irresponsable. »

— Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables

Conséquence directe ? La France, qui ambitionne pourtant l’indépendance stratégique et la neutralité carbone, risque d’accroître son retard industriel et technologique dans les secteurs les plus dynamiques de la transition énergétique mondiale, avec à la clé des impacts sur l’innovation, l’emploi (166 000 en France rien que pour les ENR), et la compétitivité de sa filière tech/export.

L’espace, nouvel horizon des défis énergétiques et industriels

À des milliers de kilomètres au-dessus de ces débats, SpaceX et sa mégafusée Starship changent d’échelle. Le 26 août 2025, le prototype a validé pour la première fois le retour de l’étage Starship après un déploiement satellite, malgré des avaries de tuiles de protection. Côté technique, le succès marque une rupture d’approche : test and fail itératif, réutilisabilité, accélération du développement — une philosophie radicalement opposée aux cycles longs et prudents du spatial depuis 60 ans.

« Nous essayons vraiment de mettre à l’épreuve le véhicule pour repérer ses points faibles. »

— Dan Huot, responsable SpaceX

Starship préfigure la première génération de véhicules capables de transporter en masse matériel, équipages et infrastructures énergétiques vers la Lune ou Mars. Mais la question déterminante demeure : comment alimenter durablement de futurs habitats extraplanétaires ? Hydrocarbures bannis, importation impossible, batteries limitées. Le nucléaire compact embarqué (type réacteur Kilopower de la NASA), le solaire spatial ultra-haute densité, ou la fusion, restent à maturer, avec un défi de miniaturisation, sécurité et gestion des risques (radiations, incidents, pollution durable…). Le retour d’expérience terrestre en matière de choix énergétique résonne ici à l’échelle cosmique.

IA : force motrice… ou talon d’Achille ?

L’automatisation et l’IA seront le nerf de la guerre, mais leurs limites actuelles posent de réels problèmes pour la sécurité et la résilience des infrastructures autonomes dans l’espace. Selon une récente étude Johns Hopkins, l’intelligence artificielle sait identifier un visage sur photo, mais demeure largement défaillante dès qu’il s’agit de comprendre ou anticiper des scènes en mouvement et comportements imprévisibles — ce qui est justement la réalité d’un habitat spatial sous contraintes extrêmes ou d’une base martienne gérée à distance.

« Le problème vient de la conception même des systèmes d’IA : elles brillent sur des images fixes, mais peinent à décoder le vivant en interaction. »

— Rapport Johns Hopkins

Conséquences directes ? On ne sait toujours pas déléguer à l’IA la gestion de “l’imprévu” : défaillances en chaîne, comportements humains atypiques, ou intervention d’acteurs malveillants. C’est un point critique aussi bien pour la robotique spatiale autonome, que pour la maintenance prédictive d’une base de vie extra-terrestre, ou la prévention des incidents industriels à distance.

Un laboratoire pour le futur terrestre… ou pour nos erreurs ?

Ce contexte dessine une convergence de crises, mais aussi d’opportunités. Les choix énergétiques, industriels et éthiques de l’exploration spatiale seront un miroir grossissant de nos succès — ou de nos errements — sur Terre. Les décisions prises dans la décennie — que ce soit sur la part du renouvelable, l’innovation nucléaire, ou l’intégration de l’IA dans des systèmes critiques — dessineront autant notre avenir planétaire que notre capacité à relever les défis d’une colonisation spatiale responsable et durable.

Chiffres clés à retenir :

  • 92,5 % des nouvelles capacités électriques mondiales en 2024 : énergies renouvelables, dont 270 GW photovoltaïque.
  • +5 GW renouvelables en France en 2023 (1 % du global).
  • 166 000 emplois dans la filière ENR française.
  • 63 % de la croissance mondiale des renouvelables : Chine.
  • Plus de 120 m, la hauteur du Starship — mégafusée la plus puissante jamais testée, étape clé vers la logistique interplanétaire.

Le choix du mix énergétique, la maturité des technologies et la capacité de l’IA à gérer l’imprévu ne sont plus des sujets séparés : ils conditionnent ensemble la faisabilité d’une expansion humaine durable, sur Terre comme au-delà. L’espace ne sera pas un “nouveau monde” vierge de nos contradictions, mais un formidable stress-test pour nos sociétés hybrides, techniques et fragiles.

De Lucy à Starship — les enjeux énergétiques et technologiques à l’aube de la colonisation spatiale

L’histoire de l’humanité est intimement liée à sa capacité d’exploiter de nouveaux territoires et de dompter des sources d’énergie toujours plus puissantes. Depuis Lucy, notre ancêtre australopithèque découverte en Éthiopie il y a 3,2 millions d’années, jusqu’aux premières civilisations capables de produire du feu, puis de maîtriser la vapeur, l’électricité et le nucléaire, chaque « grand saut » a ouvert la voie à de nouvelles frontières matérielles. Désormais, alors que Starship de SpaceX symbolise l’irruption d’une ambition spatiale crédible – celle de bâtir des colonies pérennes sur la Lune, Mars ou au-delà – la question énergétique se retrouve au cœur de l’aventure, tout autant que les défis technologiques.

L’énergie, talon d’Achille de toutes les conquêtes

Sur Terre, la transition énergétique est déjà un défi colossal : selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), 93 % des nouvelles capacités électriques installées en 2024 sont renouvelables, tirées surtout par le solaire (270 GW, dont 216 GW rien qu’en Chine) et l’éolien (65 GW). Mais cette dynamique mondiale cache de profondes fractures géographiques : la Chine écrase la concurrence, tandis que l’Afrique subsaharienne ne représente que 1 % de ces ajouts. La France, embourbée dans un débat qui oppose relance nucléaire et place à donner aux renouvelables, n’ajoute qu’environ 5 GW par an (dont 60 % de solaire), soit à peine 1 % du total mondial annuel.

Cette réalité terrestre éclaire nos ambitions spatiales : sur Mars, aucune « prise » sur laquelle brancher un réacteur, un solaire ou une génératrice. Tout doit être repensé : comment produire, stocker, et distribuer de l’énergie dans un environnement encore plus hostile que la Terre, sans possibilité de s’approvisionner au « grid » centralisé terrestre ? Les débats français actuels sur la PPE (programme pluriannuel de l’énergie) cristallisent en miroir ce questionnement stratégique universel pour toutes les nations engagées dans la nouvelle aventure spatiale.

Comparaison historique et prospective : ruptures technologiques

Les grands sauts technologiques passés (moteur à vapeur, électricité, nucléaire, informatique, Internet) ont tous provoqué des mutations sociales et écologiques profondes, souvent imprévues. L’extraction de ressources, la pollution ou l’inégalité d’accès à l’énergie ont modelé nos sociétés — et continuent à générer tensions et défis, comme le montrent les débats énergétiques français ou la domination chinoise des renouvelables. L’écart grandissant entre puissances innovantes (Chine, USA, UE), économies émergentes et zones laissées-pour-compte (Afrique subsaharienne) rappelle que la conquête spatiale ne s’invente pas hors-sol : elle reproduit, ou transcende, ces enjeux.

Dans l’espace, chaque ressource (eau, oxygène, électricité…) devient un bien ultra-rare et stratégique. Les choix de filière énergétique — petit nucléaire embarqué, centrale solaire spatiale, batteries avancées, voire, à terme, fusion ou bioproduction d’énergie — ne sont plus de simples options mais des questions vitales pour la survie, la croissance et l’éthique de la colonisation.

Lauréat du progrès ? Technologies, IA & limites humaines

Sur Terre comme dans l’espace, l’automatisation et l’IA sont appelées à jouer un rôle clé dans le pilotage de systèmes énergétiques complexes (monitoring, maintenance, cybersécurité, adaptation aux imprévus). Or, comme le soulignent les dernières études sur l’IA, ses progrès restent limités dans l’analyse d’environnements mouvants ou sociaux : la compréhension fine de situations humaines, l’anticipation du chaos et des « signaux faibles » dépassent souvent les algorithmes actuels. Ce hiatus sera encore plus dramatique dans les environnements imprévisibles que sont la surface de Mars ou les bases lunaires, où le moindre incident peut devenir critique.

L’expérience humaine : capitale adaptative

Notre histoire évolutionnaire — celle de Lucy à aujourd’hui — nous rappelle que la capacité à s’adapter, à collaborer et à innover a toujours été la clé de la survie des espèces humaines. La colonisation spatiale ne sera pas qu’un problème d’ingénierie : elle posera la question de la gestion des ressources, de l’impact environnemental et des limites éthiques, sous le regard de notre expérience cumulative… et de nos erreurs passées, à ne pas rééditer.

Quelques chiffres et faits marquants :

  • 92,5% des nouvelles capacités électriques mondiales en 2024 étaient renouvelables, tirées à 63% par la Chine.
  • La France a ajouté 5 GW d’installations renouvelables en 2023, majoritairement solaire, soit un peu moins de 1% des ajouts mondiaux.
  • Pour Mars, le solaire martien plafonne à 590 W/m² ; les mini-réacteurs nucléaires type NASA Kilopower (10 kW électriques, 1,5 m³) représentent une piste de survie possible.
  • Le Starship culmine à 120 m de hauteur pour 5 000 t au décollage ; sa logique de réutilisation pourrait bouleverser la logistique interplanétaire.
  • Sur la gestion énergétique extrême ou en cas d’imprévus, l’ingéniosité humaine reste supérieure à l’IA actuelle, bien que l’espoir d’une nouvelle génération d’intelligences artificielles demeure.
  • La France, pionnière du nucléaire, risque un décrochage industriel en restant prisonnière du clivage “nucléaire/contre renouvelable”, alors que le reste du monde avance vite.

Entre le tremplin offert par Starship pour l’aventure martienne et la tension croissante sur la transition énergétique terrestre, le prochain chapitre de l’humanité s’écrira sur le fil du progrès… et de la résilience écologique. Avancer sans répéter nos erreurs est peut-être, plus que jamais, le défi du siècle.

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