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Cryptos et foodtech : la révolution digitale peut-elle vraiment servir l’écologie alimentaire ?

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Alors que les cryptomonnaies et les blockchains font irruption dans la foodtech française, les jeunes communicants et start-up engagées s’interrogent : ces technologies peuvent-elles vraiment servir l’écologie, la lutte contre le gaspillage alimentaire et la transparence, ou amplifient-elles simplement les effets de mode ? Entre espoirs d’innovation et vigilance face au greenwashing, l’écosystème food responsable cherche un nouvel équilibre — loin des promesses spéculatives, mais ancré dans le quotidien et l’authenticité.

L’été 2025 marque un nouveau tournant pour la foodtech française. Tandis que le bitcoin explose de nouveaux records historiques et que le marché des cryptomonnaies se dote de cadres légaux inédits des deux côtés de l’Atlantique, la tentation d’importer certaines technologies crypto dans l’univers de l’alimentation responsable fait débat. Entre Lyon, Paris et Bordeaux, des jeunes communicants actifs dans les start-ups veggies, anti-gaspi ou box culinaires, se demandent : certifier la traçabilité des produits par la blockchain ou récompenser la fidélité via des NFT, est-ce vraiment la clé pour renouer la confiance entre marques et consommateurs… ou juste une hype de plus ?

Dans un contexte où Instagram, TikTok et Too Good To Go dictent les usages, ces startuppeurs et activistes du mieux-manger oscillent entre curiosité et circonspection. Après l’échec des NFT purement spéculatifs, la foodtech cherche à s’emparer de la blockchain pour garantir plus de transparence (origine, anti-fraude, lutte contre le gaspillage), tout en redoutant l’effet greenwashing et le coût environnemental de ces innovations numériques. Certains voient dans la tokenisation de la traçabilité une chance d’accélérer l’adoption des circuits courts et d’impliquer les communautés ; d’autres redoutent le piège du buzz, de la complexification inutile, ou d’une surenchère tech déconnectée des valeurs d’authenticité.

Pourquoi ce sujet s’impose-t-il maintenant ? Pression des consommateurs vers plus d’éthique, percée des apps responsables, flambée des débats sur l’empreinte carbone… et, côté communication digitale, besoin urgent de trouver un storytelling sincère et différenciant face à un feed Instagram saturé. Foodtech, crypto, réseaux : la vraie révolution sera-t-elle technologique, ou humaine ?

La vague crypto et la prudence des acteurs foodtech

Impossible d’ignorer la vague crypto qui déferle à nouveau sur 2025 : alors que le bitcoin a franchi le seuil record de 123 000 dollars (franceinfo, juillet 2025), les cryptomonnaies séduisent de plus en plus de particuliers en France. Selon la dernière étude Adan-KPMG, 10% des Français (soit environ 5 à 6 millions de personnes) déclarent aujourd’hui posséder des cryptoactifs – un chiffre en nette hausse depuis 2022, surtout chez les moins de 35 ans et les urbains connectés.

Mais derrière ces chiffres impressionnants, le contraste avec les NFT est frappant. Après l’euphorie de 2021, la bulle a éclaté : aujourd’hui, 95% des NFT artistiques ne valent plus rien (DappGambl, 2023), et seules 3% des personnes en France affirment encore en posséder, un chiffre en baisse. Les grandes marques qui avaient tenté le coup – Renault, Lacoste, Carrefour – ont discrètement tiré un trait sur leurs programmes, souvent laissés sans suite ou vidés de leur contenu « communautaire ».

Au-delà de la spéculation, la question qui taraude toutes les comm’ : la technologie blockchain peut-elle vraiment servir un objectif utile ? Quelques voix dans le secteur continuent d’y croire, notamment pour la traçabilité alimentaire, la certification d’origine locale ou la lutte contre la fraude. Tokeniser un lot de légumes, c’est pouvoir raconter toute son histoire – du producteur au consommateur – sans risque de triche, explique Karen Jouve, directrice générale de Doors3, qui accompagne de grands groupes dans des démarches discrètes mais réelles (surtout côté luxe/agro). Mais elle met en garde : Le NFT, ce n’est qu’un outil. S’il sert juste à faire monter artificiellement la valeur ou à vendre du rêve numérique – on répète les travers du passé.

L’écologie reste le point noir majeur pour les consommateurs sensibles à l’impact environnemental : le minage de certaines blockchains reste très énergivore (bien que des alternatives plus « green » émergent). Impossible, pour une jeune marque food, d’ignorer ce paramètre sous peine de se griller auprès de tout un pan de sa communauté. Sur ce point, Alexandre Stachtchenko, président de l’Institut national du bitcoin, tente de rassurer : Le système proposé par Bitcoin est celui d’une monnaie saine qui permet l’épargne… Peut-on faire les accords de Paris dans le système monétaire actuel ? La réponse est non. Un peu audacieux, mais le sujet éveille les débats dans les meet-ups food responsables.

Côté usage, la vraie révolution vient moins des NFT flashy que d’apps comme Too Good To Go (anti-gaspi, 15 millions d’utilisateurs en France) ou de boîtes culinaires tracées : la dimension digitale y est tournée vers la praticité, le local, et la pédagogie, pas la spéculation. Instagram et TikTok servent alors autant à montrer des alternatives concrètes (reels sur la récup’, guides anti-fake pour la food tech, FAQ en stories autour des modes de paiement éthiques) qu’à dénoncer le greenwashing ou la fuite en avant technologique.

Dernier signal à ne pas négliger : le durcissement des cadres légaux (réglementation européenne, fiscalité renforcée à 30 % des plus-values sur crypto) et la multiplication des affaires sombres (fraudes, rapt dans le secteur crypto, comme l’affaire Ledger). Les start-up foodtech, qui misent sur la transparence, la proximité et la confiance du consommateur, n’ont pas le droit à l’erreur : impossible de bâtir un storytelling responsable sur des fondations opaques ou à la traçabilité douteuse.

« L’audience a dit : ‘On s’en fiche d’être propriétaire de nos objets virtuels. Ce qu’on veut, ce sont de bonnes expériences… et une vraie transparence.’ »

— Kris Dayne Penseyres, cofondateur de Dogami

Entre montée en puissance de l’éthique digitale et fatigue face à la hype « blockchain »/NFT, la foodtech française avance : traçabilité et transparence, oui. Mais greenwashing et promesses techno-fumeuses, non merci !

Contexte : une révolution crypto marquée par les paradoxes

Pour comprendre l’irruption des cryptomonnaies et de la blockchain dans la foodtech éco-responsable, il faut d’abord replacer les enjeux dans une dynamique plus large, marquée par des paradoxes et des évolutions rapides.

Au début des années 2020, la révolution crypto semblait irrésistible. Portés par l’essor du bitcoin et l’apparition de NFT, ces jetons numériques censés certifier l’origine d’un produit ou l’appartenance à une communauté, les projets se sont multipliés, suscitant engouement, mais aussi désillusion.
À leur apogée en 2021, les échanges mondiaux de NFT artistiques atteignaient près de 3 milliards de dollars, avant de s’effondrer de 95% en valeur et en volume d’ici 2023–2025. La vague spéculative s’est, entre-temps, propagée dans le jeu vidéo, l’art, ou la mode, poussant de grandes marques et licornes tech à s’y engouffrer… puis à faire marche arrière aussi vite lorsque la bulle a explosé. En France, seuls 3% de la population possède désormais un NFT, un chiffre en recul.

Face à cela, la foodtech française – ce secteur hyper innovant, souvent incarné par des jeunes start-ups citadines – s’est d’abord montrée prudente voire allergique à l’effet de mode crypto. Contrairement aux milieux de l’art ou de la chaussure de luxe, les start-ups alimentaires ont dû composer avec une double exigence : transparence pour le consommateur, éco-responsabilité dans la logistique comme dans la communication.
Des pratiques basées sur le local, les circuits courts et la lutte anti-gaspi (ex : Too Good To Go) sont en plein boom depuis 2020. Là où les NFT prétendaient certifier l’authenticité et l’origine – “le ticket de caisse numérique de demain” –, les solutions concrètes comme l’anti-gaspillage alimentaire ou la traçabilité logistique via blockchain soulèvent des questions bien plus pragmatiques, loin de l’effet “buzz”.

Au niveau mondial, l’utilisation des cryptoactifs croît : 10% des Français (près de 6 millions de personnes) déclaraient détenir des cryptomonnaies début 2024, dans la moyenne européenne. Mais pour la foodtech, il ne s’agit pas vraiment d’investir pour spéculer, ni de surfer sur le “hype” : l’enjeu, c’est plutôt de s’appuyer (ou non) sur la technologie blockchain pour garantir la qualité, l’origine, ou la traçabilité, et offrir des passerelles de confiance.

Côté régulation, la France a longtemps fait figure de pionnière avec la loi Pacte (2019), et sert même de modèle aux États-Unis où l’administration Trump accélère la normalisation juridique des cryptos (lois CLARITY et GENIUS Act). Mais la régulation reste aussi un garde-fou pour éviter les abus et les dérives, d’autant que les cryptomonnaies sont très prisées des trafiquants et blanqueurs d’argent (près de 50 milliards de dollars détournés/an), mettant en lumière la nécessité d’une transparence réelle et d’initiatives vertueuses.

Enfin, dans les débats, la question écologique s’est imposée : le minage du bitcoin et la multiplication des blockchains sont pointés du doigt pour leur impact énergétique. Plusieurs voix (dont Alexandre Stachtchenko, Institut National du Bitcoin) défendent cependant l’idée d’une finance décentralisée éthique, voire “plus sobre” dans la gestion de la consommation. Dans la foodtech, où l’engagement éco-responsable vaut autant que l’innovation, le moindre soupçon de greenwashing autour des solutions “crypto” pourrait devenir rédhibitoire.

En résumé, alors que la blockchain et les cryptos ont bouleversé de nombreux secteurs, leur pénétration dans la foodtech reste balbutiante, tiraillée entre solution technologique prometteuse (améliorer la traçabilité, limiter la fraude, valoriser la communauté) et prudence face aux défis écologiques, économiques… et sociaux.
Le défi pour la foodtech : ne pas tomber dans la “crypto hype” stérile, mais identifier comment, (et si !) ces outils peuvent servir un vrai engagement éthique, relocalisé – sans renier le storytelling digital et les attentes de générations connectées.

Foodtech française : essais, réticences et pistes concrètes

Plusieurs start-up françaises de la foodtech, comme Tilkal ou Connecting Food, ont expérimenté la blockchain non pas pour du marketing crypto tape-à-l’œil mais pour répondre à une vraie demande de transparence : traçabilité des filières bio, validation des labels, réductions de fraudes sur les produits certifiés. Problème : le coût et la technicité freinent encore le déploiement à grande échelle chez les petits producteurs.

Si des applis anti-gaspi affichent un look “digital native”, elles se tiennent pour l’instant à distance des NFT et cryptos : Too Good To Go préfère investir dans des partenariats locaux, de la pédagogie instagrammée et… un algorithme qui vise la réduction d’empreinte carbone – plutôt que d’ajouter une couche blockchain “pour la forme”.

Certains géants alimentaires ont testé les NFT pour lancer des expériences exclusives (événements privés, recettes “unlockables”, etc.), mais l’échec de collections comme R3NLT (Renault) ou Lacoste a refroidi les ardeurs : moins de 3 % des Français déclaraient détenir au moins un NFT début 2025, avec des prix en chute libre (certaines collections ayant perdu jusqu’à 95 % de leur valeur).

Selon l’Ademe : 7 jeunes consommateurs français sur 10 déclarent privilégier les circuits courts, l’éthique ou le “fait maison” dans leur alimentation – ce qui explique la popularité sur Instagram de box anti-gaspi ou de kits culinaires upcyclés… loin des promesses crypto parfois perçues comme gadgets.

Malgré le storytelling attractif sur “la blockchain pour sauver la planète”, le secteur doit composer avec une méfiance croissante : 42 % des 18–34 ans interrogés par Harris Interactive associent encore cryptomonnaies et impact écologique négatif (“gourmandes en énergie, inutiles dans le food”), alors que certains acteurs arguent que de nouveaux protocoles moins énergivores émergent (comme Tezos ou Algorand au lieu du Bitcoin).

NFT :
Jeton non fongible, “titre” numérique attaché à un bien, vérifié sur une blockchain (la plupart du temps Ethereum).
Stablecoin :
Cryptomonnaie dont la valeur est adossée à une monnaie fiat (euro, dollar), de plus en plus encadrée légalement (ex : Genius Act aux USA).
Tokenisation :
Processus de transformation d’un actif réel ou numérique en jetons sur la blockchain ; certaines grandes écoles l’utilisent déjà pour certifier des diplômes – pourquoi pas demain pour les filières et labels agricoles ?
Proof of Stake :
Nouveau mode de validation blockchain moins énergivore, utilisé par Ethereum depuis septembre 2022.

Même dans les incubateurs et meet-ups tech, le discours se nuance : les solutions qui cartonnent combinent expérience client (storytelling Instagram, influenceurs food engagés) et impact concret (anti-gaspi, traçabilité simplifiée), sans céder à la nostalgie de la pure “start-up nation” crypto… Ni à son rejet pur et simple.

Ressources, communautés et événements : pour aller plus loin

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir la question des blockchains responsables dans la foodtech, de nombreux webinaires et MOOCs sont régulièrement proposés par la French Tech Lyon, l’association Makesense, ou encore la plateforme Open Food Facts (transparence alimentaire et données ouvertes).

Des newsletters comme The Good Life ou Greenletter Club proposent chaque mois des focus sur des start-up françaises qui expérimentent avec la blockchain éthique, l’anti-gaspi ou la traçabilité – sans pour autant tomber dans le piège du gadget.

À Lyon, le collectif FoodTech Lyon AuRA organise régulièrement des meet-ups croisant innovations numériques et alimentation durable. Des ateliers collaboratifs sur la traçabilité ou sur l’impact environnemental du numérique permettent d’échanger entre étudiants, jeunes actifs, entrepreneurs et porteurs de projets engagés.

Au-delà de Too Good To Go, on peut citer Yuka (traçabilité alimentaire), Etiquettable (impact environnemental des choix food), ou encore les espaces « Communautés » sur Instagram explore, où de jeunes communicants partagent retours d’expériences, bonnes pratiques et petits ratés sur la communication « green » dans la foodtech.

Le prochain Salon Cuisine & Innovations Durables (Lyon, octobre 2025) devrait accueillir un espace dédié au numérique responsable et à la blockchain utile dans l’agroalimentaire — l’occasion d’échanger en vrai, loin du buzz, et pourquoi pas de nouer de futurs partenariats.

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